Association Paléontologique
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Nous avons choisi pour vous - Sa vie avec les « océanosaures »

Sa vie avec les « océanosaures »

Article publié par Le Courrier de l'ouest, le 05/03/2011

SCIENCES. Depuis ving ans, Nathalie Bardet traque les géants qui peuplaient les océans avant l’homme. 

Portrait, par Yves Durand.

Instinctivement, les gamins se reculent dans leur fauteuil. L’énorme mâchoire du Mosasaurus vient de les frôler avant de se refermer sur sa proie. Sur l’écran de mille mètres carrés de la Géode, l’Elasmosaurus n’en finit pas d’étirer son cou de sept mètres. Rien, comparé aux 21 mètres de long du Shonisaurus. Nathalie Bardet le connaît quasiment par cœur : depuis cinq ans, elle en a suivi la gestation, étape par étape, au titre de conseillère scientifique.

Ses « bestioles » mesurent de trois à quinze mètres

Pour présenter au public les « dinosaures » des mers, les deux cinéastes Pascal Vuong et Ronan Chapalain ont inventé un mot : les « océanosaures ». Nathalie Bardet tique un peu, rigueur de docteur en paléontologie oblige ! Elle préfère les appeler tout simplement « les reptiles marins ». Ces géants ont aussi vécu à l’ère secondaire, mais ils sont à distinguer : « Les dinosaures font partie du même grand groupe que les crocodiles. Les reptiles marins comprennent plusieurs grands groupes qui appartiennent, eux, au groupe des lézards et des serpents. Ils ont vécu entre 250 et 65 millions d’années avant nous. » le climat est alors plus chaud que le nôtre, et la quasi-totalité de l’Europe se trouve encore sous les eaux. Certains de ces seigneurs des océans disparaîtront brusquement en même temps que les dinosaures, vraisemblablement victimes d’une météorite ou d’une éruption volcanique. Depuis plus de dix ans, Nathalie Bardet consacre sa carrière de chercheur à l’un de ces groupes, les mosasaures. Ceux qu’elle nomme affectueusement ses « bestioles », mesurent de trois à quize mètres. Leur corps recouvert de petites écailles est serpentiforme, avec quatre pattes transformées en palettes natatoires et une longue queue aplatie. Ils remontent à la surface pour respirer. On a retrouvé leurs fossiles un peu partout dans le monde : aux Pays-Bas comme au Canada, en Nouvelle-Zélande comme en Antarctique. Elle-même en a étudié en Syrie, en Jordanie, en Espagne et en différents coins de France mais ceux que la scientifique connaît le mieux ont été découverts au Maroc, dans les mines à ciel ouvert de phosphate qui s’étendent autour de la ville de Khouribga. Elle s’y rend deux fois quinze jours par an, avec ses collègues du Muséum national d’Histoire naturelle. Les paléontologues y travaillent au marteau et au burin, au pinceau et à la brosse pour dégager les ossements, de la dent de cinq à sept centimètres au fameux crâne qui trône à l’entrée de la Géode. Attention, carnivores ! « Les spécimens les plus petits mangeaient poissons, coquillages et céphalopodes, les grands étaient de vrais prédateurs, se nourrissant aussi d’autres reptiles marins. Certains fossiles montrent d’ailleurs des traces de morsures ; ils pouvaient s’attaquer mutuellement . » Toute spécialiste qu’elle soit, Nathalie Bardet admet que bien des questions restent sans réponse. De nouveaux scans permettront d’en savoir d’avantage : « On va pouvoir étudier leur cerveau et situer le passage des nerfs crâniens. Et en tirer des hypothèses sur leur intelligence et leur comportement. C’est génial ! » Avec ce film d’une quarantaine de minutes, le chercheur visualise pour la première fois autrement que dans sa tête ces animaux dont elle ne voyait jusqu’à présent que des ossements éparpillés. Et elle réalise un rêve d’enfant quand, petite fille, près de Grasse en Provence, elle ramassa un jour un coquillage fossilisé – elle l’a gardé – et dès lors se passionna pour l’histoire d’avant les Hommes. Si la Cité des sciences célèbre les « océanosaures » à travers un film, au Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris toujours, les vedettes sont les dinosaures. Vue par plus de 320 000 visiteurs déjà, la grande exposition « Dans l’ombre des dinosaures » jouera même les prolongations jusqu ‘au 13 juin. Un engouement qui ne surprend pas outre mesure Nathalie Bardet : « Les enfants rêvent de faire revivre des mondes disparus. Découvrir ces géants, c’est un peu la machine à remonter le temps. »

 ITINÉRAIRE

1966 : naissance à Grasse (Alpes-Maritimes) – 1984 : entame des études de géologie à Nice – 1992 : soutient à Paris sa thèse de paléontologie – 1994 : recrutée au CNRS avant d’intégrer le Muséum national d’Histoire naturelle – 2011 : le film dont elle a été conseillère scientifique est présenté à la Géode, à la Cité des sciences à Paris

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Photo :  © CO/Philippe Dobrowolska - Paris, le 10 février. Nathalie Bardet a été la conseillère scientifique du nouveau film de la Géode, à Paris, consacré aux reptiles des mers. Elle compte bien le montrer à son petit garçon. À six ans et demi, il est déjà incollable sur les dinosaures.